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Allures et réglage des voiles

Ce qu'un skipper attend d'un équipier, avant même la cuisine et les quarts : savoir d'où vient le vent, nommer l'allure, et régler la voile qu'on lui confie. Du près au vent arrière, du génois au spi.

La rose des allures

Faites tourner le bateau (glisser sur la figure ou curseur) et choisissez la voile d'avant : la figure montre l'allure, où se placent les voiles et comment les régler.

Vent
Tribord amuresBâbord amures
Bon plein
Bâbord amures · 60° du vent réel

Génois
Grand-voile
Chariot et hale-bas

1. D'où vient le vent ?

Tout part de là. À bord, les repères sont la girouette en tête de mât, les penons noués aux haubans, les rides sur l'eau, et au port les pavillons et les fumées. Prenez l'habitude de regarder le vent avant de toucher une écoute.

Vent réel, vent apparent. En avançant, le bateau fabrique son propre vent. Celui qu'on sent à bord, et que lisent les voiles, est le mélange des deux : le vent apparent. Au près, il remonte vers l'avant et forcit ; au portant, il recule et faiblit. D'où la surprise classique : on descend tranquillement au grand largue, on remonte au vent, et le bateau se couche.

Bâbord ou tribord amures : le côté d'où vient le vent. Vent sur la gauche, bâbord amures ; sur la droite, tribord amures. Quand deux voiliers se croisent, celui qui est tribord amures est prioritaire.

2. Les allures

L'allure, c'est l'angle entre l'axe du bateau et le vent réel.

AllureAngleCe qu'on ressent
Vent debout0–40°Zone morte : les voiles faseyent, le bateau s'arrête
Près40–55°Gîte, vent apparent fort, le bateau tape dans la mer
Bon plein55–75°Le meilleur compromis entre vitesse et cap
Travers75–105°Souvent l'allure la plus rapide
Largue105–135°Confortable, le bateau accélère et se redresse
Grand largue135–160°Roulis, la bôme commence à menacer
Vent arrière160–180°Risque d'empannage involontaire : retenue de bôme en place

Lofer, c'est remonter vers le vent ; abattre, s'en écarter. Virer de bord, c'est changer d'amures en passant l'avant dans le vent ; empanner, en passant l'arrière. À l'empannage la bôme traverse tout le cockpit : on la contrôle à l'écoute, et on prévient tout le monde.

3. Le principe d'un seul geste

Plus on remonte au vent, plus on borde. Plus on abat, plus on choque.

Dans le doute, une méthode qui marche sur toutes les voiles : choquer jusqu'à ce que le guindant (le bord d'attaque) commence à faseyer, puis border juste assez pour que ça cesse. Une voile trop bordée ne faseye pas, elle freine sans prévenir ; c'est l'erreur la plus courante.

4. Régler le génois (ou le foc)

Les penons, la règle à retenir

Des brins de laine ou de ruban collés de chaque côté du guindant, à trois hauteurs.

  • Les deux penons filent à l'horizontale : le réglage est bon.
  • Le penon au vent (côté intérieur) décroche, tourne ou monte : border, ou abattre.
  • Le penon sous le vent (côté extérieur) décroche : choquer, ou lofer.

Le point de tire

Le chariot sur lequel passe l'écoute règle la répartition entre le haut et le bas de la voile. Si les penons du haut décrochent avant ceux du bas, le haut est trop ouvert : avancer le chariot. L'inverse : le reculer. Quand le vent monte, on le recule exprès pour ouvrir le haut et perdre de la puissance.

Au portant

Au vent arrière, le génois se dévente derrière la grand-voile. On le passe en ciseaux, du côté opposé à la bôme, idéalement tenu par un tangon.

5. Régler la grand-voile

  • L'écoute règle l'angle de la voile et, au près, la tension de la chute (le bord de fuite). Le penon de chute, au bout de la latte haute, doit flotter vers l'arrière ; s'il se cache derrière la voile, elle est trop bordée.
  • Le chariot de grand-voile (la barre d'écoute) déplace l'angle sans toucher à la chute : au vent dans le petit temps, sous le vent dans la brise.
  • Le hale-bas empêche la bôme de monter. Au portant, quand l'écoute ne tire plus vers le bas, c'est lui qui tient la chute.
  • Bordure, cunningham, pataras règlent le creux. Creuser par petit temps et mer formée pour la puissance ; aplatir dans la brise et sur mer plate pour le cap et moins de gîte.

6. Réglages par allure

AllureGénoisGrand-voileChariot et hale-bas
PrèsBordé, à quelques centimètres des barres de flècheBordée, penon de chute qui flotteChariot au milieu, hale-bas mou
TraversChoqué de moitié, point de tire avancéChoquée, bôme au-dessus du listonChariot sous le vent, hale-bas repris
LargueBien choquéChoquée jusqu'au faseyement, puis repriseHale-bas étarqué
Vent arrièreEn ciseaux ou tangonnéChoquée en grand, retenue de bômeHale-bas étarqué

7. Quelle voile pour quelle allure

La garde-robe d'un croiseur. Les plages sont indicatives : chaque bateau, et chaque voilier, a les siennes.

VoileAllure (vent réel)VentParticularité
GénoisPrès → grand largue0–20 ndRecouvre le mât ; sur enrouleur, se réduit en roulant
Foc, solentPrès → travers10–25 ndPlus petit, ne recouvre pas le mât, meilleur cap dans la brise
TrinquettePrès → travers20–35 ndSur un étai intérieur, souvent largable ; recentre la voilure
TourmentinToutes35 nd et plusPetite toile très renforcée, de couleur vive
Code 055–110°0–12 ndTrès plat, sur emmagasineur anti-torsion
Gennaker75–140°4–16 ndEntre génois et spi : plat, guindant tendu, souvent sur emmagasineur
Spi asymétrique100–160°4–18 ndRond et creux comme un spi, amure réglable sur bout-dehors, sans tangon
Spi symétrique110–180°4–20 ndTangonné ; le seul vraiment à l'aise plein vent arrière

8. Le spi symétrique

  • Les manœuvres. Le bras, côté au vent, passe par le bec du tangon ; l'écoute est sous le vent ; la balancine lève le tangon, le hale-bas de tangon le tient en bas.
  • Le tangon se tient à peu près perpendiculaire au vent apparent : suivre la girouette. On le rapproche de l'étai quand on lofe, on le brasse en arrière quand on abat. En hauteur, les deux points d'écoute du spi doivent être au même niveau.
  • L'écoute : choquer jusqu'à ce que le guindant replie légèrement (le spi « frise »), reprendre aussitôt. Un spi bien réglé, c'est un équipier qui joue l'écoute en permanence.
  • L'empannage : sur un petit bateau, le tangon passe bout pour bout ; sur un croiseur, on empanne avec deux bras, ou on affale avant. La grand-voile passe quand le spi est stable plein vent arrière.
  • Les dangers. Au départ au lof, le bateau se couche et part face au vent : choquer l'écoute de grand-voile et le hale-bas, puis l'écoute du spi. Au départ à l'abattée, le roulis s'emballe et l'empannage menace : barrer en douceur, moins brasser le tangon. On affale sous le vent, à l'abri de la grand-voile, en choquant le bras.

9. Le spi asymétrique

Une vraie voile de portant : ronde et creuse comme un spi, mais avec un guindant et une chute qui ne s'échangent pas, et un point d'amure fixé sur un bout-dehors ou à l'étrave. Pas de tangon.

  • La hauteur d'amure se règle : on la donne au portant profond pour que la voile tourne au vent et sorte de l'ombre de la grand-voile ; on la reprend en remontant pour tendre le guindant.
  • Le réglage est celui du spi : choquer jusqu'au repli du guindant, reprendre.
  • L'empannage : on choque l'ancienne écoute, la voile passe devant l'étai (par l'extérieur, ou entre amure et étai selon le montage) et on reprend la nouvelle. La nouvelle écoute se prépare avant, à l'extérieur de tout.
  • Au portant profond, il ne sait pas descendre plein vent arrière : on gagne à tirer des bords de largue en empannant.
  • On l'envoie et on l'affale le plus souvent sous chaussette : la voile monte fermée dans un long fourreau qu'on remonte une fois en place, et qu'on redescend sur elle avant de l'affaler.

10. Le gennaker

À ne pas confondre avec le spi asymétrique : le gennaker est une voile intermédiaire entre le génois et le spi, nettement plus plate, avec un guindant tendu qui travaille comme celui d'un génois. Il prend le relais du génois quand on débride, là où un spi serait encore trop serré.

  • Amure fixe et guindant étarqué : pas de jeu sur la hauteur d'amure.
  • Le réglage se lit aux penons de guindant, comme sur le génois. On le borde davantage et on le choque moins qu'un spi ; le point de tire se règle comme celui du génois.
  • Le plus souvent sur emmagasineur, enroulé sur son propre câble : on le déroule une fois hissé, on le roule avant de l'affaler.
  • Sa limite : au-delà de son vent maximum, ou trop abattu quand il s'effondre derrière la grand-voile, on le roule et on repasse au génois.

11. Le code 0

Plus plat encore que le gennaker : presque un grand génois léger, pour le petit temps aux allures débridées, du près débridé au travers. Toujours sur emmagasineur anti-torsion, il se règle comme un génois. Sa limite de vent est basse : on le roule dès qu'on s'en approche.

12. Quand le vent monte

  • L'équilibre. Un bateau ardent veut lofer et la barre devient lourde : il a trop de grand-voile. Choquer la grand-voile, descendre le chariot, puis réduire. Un bateau mou, qui veut abattre, demande l'inverse.
  • Quand le bateau gîte trop, on enlève de la puissance aux voiles, du plus léger au plus radical :
    1. Aplatir les voiles (une voile plate tire moins qu'une voile creuse) : tendre le pataras (le câble entre le haut du mât et l'arrière, qui cintre le mât), la bordure (qui tire le bas de la grand-voile vers le bout de la bôme) et le cunningham (qui tire le guindant vers le bas).
    2. Les ouvrir pour laisser filer le vent : chariot de grand-voile sous le vent, point de tire du génois reculé pour que le haut du génois ne porte plus.
    3. Réduire la surface : prendre un ris dans la grand-voile, rouler une partie du génois.
    Les deux premières étapes sont rapides et réversibles. Sur un croiseur où pataras et cunningham ne se règlent pas, on passe vite à la troisième.
  • Changer de voile d'avant : génois roulé, puis foc ou trinquette. Au portant, spi symétrique ou asymétrique, puis gennaker, puis génois, quand l'allure se resserre ou que le vent sort de la plage du tableau.

On prend un ris la première fois qu'on y pense.

À retenir

  1. Regarder d'où vient le vent avant de toucher une écoute.
  2. Nommer l'allure : près, bon plein, travers, largue, grand largue, vent arrière.
  3. Border en remontant, choquer en abattant.
  4. Lire les penons : au vent qui décroche, border ; sous le vent, choquer.
  5. La bonne voile pour l'allure : gennaker n'est pas spi, code 0 n'est pas génois.
  6. Réduire tôt.
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